François-Michel Lambert, Député écologiste des Bouches du Rhône #circo1310


Dossier La Croix | Le gaz de schiste sur le banc des accusés


Instruire le procès du gaz de schiste, de manière impartiale, tel est l’objectif que s’est fixé «La Croix». François-Miche Lambert répond au nom du groupe des députés écologistes.


Dossier La Croix | Le gaz de schiste sur le banc des accusés
Par une loi de juillet 2011, la France a fermé la porte à l’exploitation des gaz de schiste. Une ligne de conduite réaffirmée en septembre dernier par le président François Hollande lors de la conférence environnementale. Aucun permis d’exploration et a fortiori d’exploitation ne sera délivré pendant son quinquennat, en raison des risques environnementaux que présente l’exploitation de ces gaz non conventionnels.
Pour autant, le débat ne cesse de resurgir sur l’opportunité d’exploiter cette source d’énergie. Encore dernièrement, c’est Louis Gallois qui a jeté un pavé dans la mare en écrivant dans son rapport sur la compétitivité que la France ne pouvait faire l’impasse sur les gaz de schiste. Régulièrement, le Medef et les compagnies pétrolières plaident pour le lancement, à tout le moins, d’une expérimentation et pour l’évaluation des ressources potentiellement exploitables.
Voici l’instruction du dossier des gaz de schiste, comme nous avions mené celles de l’Europe (La Croix  du 9 décembre 2011) et de l’énergie nucléaire (La Croix  du 13 décembre 2011). À charge et à décharge, en pesant les arguments de l’accusation et de la défense sur les thèmes de l’environnement, des enjeux climatiques, de l’opportunité économique et de la création d’emplois.
 

L’ACCUSATION 

«Leur exploitation n’est pas durable»
Pour ses opposants, l’exploitation des gaz de schiste est «un non-sens environnemental» . Première ressource menacée: l’eau. Pour exploiter les gaz de schiste, il faut en effet fracturer en profondeur une roche quasi imperméable en injectant à plusieurs reprises de l’eau à très haute pression. De grandes quantités d’eau sont nécessaires, alors même que cette ressource devient de plus en plus rare. 
Par ailleurs, cette eau est mélangée avec du sable et des additifs chimiques qui servent à maintenir ouvertes les fissures créées dans la roche. Une fois utilisée, l’eau qui remonte à la surface doit donc être dépolluée, sachant que certains additifs qui ont pu être utilisés aux États-Unis ont été classés cancérigènes. Le transport de cette eau polluée et des additifs chimiques ont été sources de pollutions accidentelles des sols (fuites dans les réservoirs, camions renversés, etc.). Des nappes phréatiques ont été contaminées. Le puits de forage vertical, par lequel transitent le gaz libéré de la roche mais aussi l’eau chargée de produits chimiques peut en effet être en contact direct avec les aquifères d’eau potable. «Les cas de pollution constatés aux États-Unis ont le plus souvent pour origine un manque d’étanchéité du puits» , assure le chercheur Christophe Didier (Ineris ).
Deuxième reproche: les nuisances liées au va-et-vient incessant des camions nécessaire pour apporter et évacuer eau et additifs pendant la phase critique de forage du puits et de fracturation hydraulique (six à dix-huit mois). «Cette noria de camions se poursuivra pendant toute la phase d’exploitation du puits pour transporter le gaz extrait,  ajoute le député Europe Écologie-Les Verts  François-Michel Lambert. Pour des raisons de coûts, on ne va pas tirer des canalisations pour chaque puits.»  Et même si les puits, une fois mis en exploitation, occupent peu d’espace, il faudra en creuser beaucoup pour exploiter la totalité des gisements, a priori très étalés, au risque de «miter»  le territoire.
Les impacts de long terme sur le sous-sol sont quant à eux impossibles à prévoir. Les additifs injectés – ou les métaux lourds jusque-là prisonniers de la roche – finiront-ils par remonter à la surface? Le puits restera-t-il éternellement étanche? «Faute de retour d’expérience, personne ne peut dire aujourd’hui ce qui se passera dans cent ans» , affirme Christophe Didier. Ainsi, des affaissements de sols se sont-ils produits cinquante à cent ans après la fermeture des mines.

LA DÉFENSE

«Il est possible de faire les choses proprement»
Les industriels l’affirment: les errements constatés aux États-Unis au début de l’exploitation des gaz de schiste, du fait notamment de petites entreprises peu scrupuleuses, ont été en grande partie corrigés. Les grandes compagnies pétrolières affirment ainsi qu’elles maîtrisent de longue date la technique nécessaire pour construire des puits de forage parfaitement étanches. 
De même, les grands groupes assurent avoir les moyens et le savoir-faire pour explorer soigneusement le sous-sol avant de fracturer, et éviter ainsi tout risque sismique. Des efforts de recherche sont par ailleurs entrepris pour limiter les impacts de la fracturation hydraulique, notamment sur les quantités d’eau demandées. «On recycle de plus en plus l’eau sur place, afin de pouvoir l’utiliser pour plusieurs opérations de fracturation»,  affirme ainsi Jean-Louis Schilanski, de l’Union française des industries pétrolières (Ufip ). Certains opérateurs utilisent l’eau de mer, quand d’autres proposent aux communes de récupérer et traiter leurs eaux usées.
Concernant les additifs, la situation s’est nettement assainie. «On n’en utilise plus que sept à huit, dont certains sont biodégradables»,  indique Jean-Louis Schilanski. De fortes pressions se sont par ailleurs exercées sur les industriels, y compris aux États-Unis, pour qu’ils rendent publique la liste des produits injectés. Ce qui n’avait pas toujours été le cas, au nom du “secret industriel”.»
«Les opérateurs font aussi en sorte de réduire le plus possible le temps nécessaire aux opérations de mises en exploitation du puits – forage et fracturation hydraulique – qui sont les plus génératrices de nuisances»,  avance Jean-Louis Schilanski. De même, certains opérateurs américains s’obligent dorénavant à installer des pipelines «pour éviter la noria de camions». «Nous sommes en situation de produire des gaz de schiste avec des impacts sur l’environnement limités au maximum»,  assure ainsi Jean-Louis Schilanski.
Des techniques alternatives à la fracturation hydraulique sont à l’essai, mais souffrent pour le moment de retours d’expérience insuffisants. La fracturation au propane est ainsi en cours de développement aux États-Unis et au Canada. Avantage: pas de besoin en eau et des additifs en nombre réduit. Inconvénient: si le propane est un gaz déjà largement utilisé, notamment dans certains véhicules, sa manipulation n’est pas exempte de risques d’incendie ou d’explosion. Quant aux autres techniques – utilisation d’hélium ou de CO2 supercritique à la place de l’eau ou fracturation avec des arcs électriques –, elles ne sont pas encore sorties des laboratoires.
CLIMAT

L’ACCUSATION 

«On oublie les enjeux climatiques»
«Si la France veut honorer son engagement européen de baisser ses émissions de gaz à effet de serre de 20% d’ici à 2020, elle ne peut tout simplement pas se lancer dans l’exploitation des gaz de schiste»,  assure le député Europe Écologie-Les Verts François-Michel Lambert. Tout simplement parce que la production de gaz elle-même suscite des fuites de méthane, qui est un puissant gaz à effet de serre, au moment de l’extraction ou du transport.
La France ne pourra pas non plus remplir son objectif de 23% d’énergies renouvelables dans la consommation totale d’énergie finale. «On ne peut pas avoir plusieurs fers au feu»,  poursuit François-Michel Lambert. Question de moyens, de financements consacrés à la recherche-développement et surtout de mobilisation. «Comment convaincre un riverain d’avoir un champ d’éoliennes à côté de chez lui, quand on lui fera croire que le gaz de schiste peut être une solution?»,  s’interroge l’élu.
Et si le gaz peut être utile dans une phase transitoire, le produire sur place changerait tout. «On peut planifier une baisse continue de notre consommation de gaz en l’inscrivant dans nos contrats de long terme avec nos fournisseurs,  poursuit le député. Si nous produisons nous-mêmes, nous entrons dans une autre logique.» Le gaz de schiste pourrait par ailleurs ruiner tous les efforts de développement d’une filière française de production de biogaz, produit à partir des déchets ménagers ou agricoles. Or les enjeux climatiques rendent nécessaire de réduire drastiquement nos consommations d’énergies fossiles, y compris le gaz naturel.
«On continue à se bercer d’illusions en rêvant d’une énergie abondante et bon marché, alors même que nous devons changer de paradigme»,  souligne l’économiste Emmanuel Guérin. Bref, «l’illusion»du gaz de schiste nous détournerait de l’essentiel: la nécessité de tourner définitivement le dos à des énergies fossiles aux réserves limitées et de se lancer dans une transition énergétique qui nécessite à la fois le déploiement des énergies renouvelables et la réduction de nos consommations énergétiques.
C’est surtout miser sur une énergie sans grand avenir. «Les contraintes liées au réchauffement climatique vont finir par s’imposer à nouveau dans l’agenda international»,  assure Emmanuel Guérin. À terme, il sera ainsi difficile d’échapper à des objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre et surtout à un renchérissement du carbone émis, sous la forme notamment de taxes carbone. «Stratégiquement, ce n’est pas une bonne idée de miser sur une énergie dont le coût va nécessairement augmenter, alors que le prix des énergies renouvelables, lui, va diminuer.»

LA DÉFENSE

«Le gaz est l’allié des énergies renouvelables»
Pour ses défenseurs, le gaz naturel – qu’il soit produit de manière conventionnelle ou par fracturation hydraulique – a l’avantage d’être l’une des énergies fossiles les moins émettrices de gaz à effet de serre. «À quantité d’énergie thermique fournie égale, il émet moins de gaz carbonique que les dérivés du pétrole et deux fois moins que le charbon, car il a une teneur en carbone plus faible que les autres combustibles fossiles»,  écrivent ainsi Daniel Clément et Pierre Papon (auteurs de Vers une énergie durable?,  Éditions Le Pommier).
Dans ce contexte, en remplaçant le charbon dans la production d’électricité, le gaz permettrait de remplir les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le «gaz naturel est même, à court terme, un allié objectif pour le développement des énergies renouvelables dans la production d’électricité»,  assure l’économiste Thomas-Olivier Léautier. Les énergies renouvelables telles que l’éolien ou le solaire sont en effet des sources de production d’électricité intermittentes, qui s’arrêtent de fonctionner si un nuage passe ou si le vent s’arrête de souffler.
 «Il faudra attendre trente ou quarante ans pour que des solutions de stockage à grande échelle soient mises au point ou pour que soient construites de grandes autoroutes de l’électricité entre les différents pays européens permettant que le solaire du Sud prenne le relais de l’éolien du Nord et inversement»,  poursuit Thomas-Olivier Léautier. En attendant, c’est le gaz qui assurera le mieux la transition. D’une part, donc, parce qu’il émet moins de CO2 que le charbon. D’autre part, parce que c’est la technologie qui offre la plus grande flexibilité. «Avec les renouvelables, il faut des capacités de production capables de prendre tout de suite le relais,  poursuit l’économiste. C’est le cas des centrales à gaz, qui n’ont pas la même inertie au démarrage que les centrales à charbon ou les centrales nucléaires.»
Au niveau global, se chauffer au gaz serait même moins émetteur de gaz à effet de serre que le chauffage électrique, assurent les producteurs de gaz. «En effet, le chauffage électrique engendre une forte demande hivernale d’électricité,  explique l’Association française du gaz. Pour répondre à ces appels de puissance supplémentaires, il est généralement fait appel à des centrales fonctionnant avec des combustibles fossiles en France ou en Europe»,  le nucléaire étant déjà à son maximum de production en hiver.
Le gaz de schiste produit éventuellement en France permettrait de répondre tout aussi bien à ces objectifs que le gaz aujourd’hui importé. À condition bien sûr que son coût d’extraction soit compétitif.

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Dimanche 18 Novembre 2012



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François-Michel Lambert

Député des Bouches du Rhône (Allauch, Auriol, Belcodène, Bouc-Bel-Air, Cadolive, Gardanne, Gréasque, La Bouilladisse, La Destrousse, Meyreuil, Mimet, Peypin, Plan-de-Cuques, Roquevaire, Saint-Savournin, Simiane-Collongue)

Vice-président de la commission Développement Durable et Aménagement du Territoire de l'Assemblée nationale

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