François-Michel Lambert, Député écologiste des Bouches du Rhône #circo1310


François-Michel Lambert : à Gardanne, « l’État agit petitement » pour sortir du charbon


Ce lundi, la préfecture organisait une nouvelle réunion sur l'avenir du site de Gardanne - Meyreuil, après la fermeture de la centrale à charbon. Pour le député écologiste, François-Michel Lambert, les propositions du gouvernement sont trop timorées.


Le député de Gardanne François-Michel Lambert (Union des démocrates et écologistes) est en colère. Il était ce lundi à la préfecture des Bouches-du-Rhône pour une nouvelle réunion autour du contrat de transition énergétique (CTE). Ce document stratégique est censé proposer une reconversion à long terme et concertée du site occupé par la centrale à charbon de Gardanne dont le gouvernement a annoncé la fermeture à l’horizon 2022 (lire notre article). Or, pour François-Michel Lambert, les propositions présentées par le délégué interministériel à l’avenir des territoires, David Coste, ne sont pas à la hauteur des enjeux de Gardanne et de Meyreuil.

Alors le parlementaire critique à tout-va : il pointe les carences de l’État qui agit « petitement » et l’absence de courage des élus qui ne réfléchissent qu’à « l’échelle de leur mandat ». Il appelle à tourner la page du passé industriel de l’ancien bassin minier en proposant un projet qui mêle économie, habitat et préservation de la biodiversité.

Ce lundi, se tenait en préfecture une réunion sur le contrat de transition énergétique. Avez-vous eu des propositions concrètes de reconversion du site de la centrale à charbon de Gardanne ?

Non. Et cela paraît logique alors que la centrale vient une nouvelle fois de changer de mains en passant d’Uniper au groupe tchèque EPH. La seule proposition concrète qui est sur la table concerne une scierie en lien avec la centrale biomasse et une petite unité de production d’hydrogène. Des solutions à trois francs-six sous. Ce n’est pas à la hauteur des 1700 personnes inscrites à Pôle emploi à Gardanne, des 1000 demandes de logement qui existent sur la commune. Personne n’est à la hauteur des enjeux : ni les élus, ni les fonctionnaires qui ne regardent les choses qu’à l’aune de leur mandat politique ou administratif.

Mais l’État s’est déjà engagé dans la conversion de la centrale à la biomasse (lire notre article). N’est-ce pas une voie possible pour préserver un avenir énergétique à Gardanne ?

La biomasse n’a pas d’avenir. Personne n’y croit. Seul David Coste le défend mollement parce que c’est un engagement de l’État, signé en 2012. Il faut sortir du schéma selon lequel le projet de reconversion consiste seulement à créer des emplois pour ceux qui le perdront. C’est une tragédie et il faut être aux côtés de ces familles. Mais nous ne pouvons pas nous contenter de cela. Le site fait 80 hectares et on raisonne sur 400 emplois ? Cela repose sur un un ratio d’emplois à l’hectare complètement dément. Sur les plateformes logistiques tant décriées, le ratio est de 20 emplois à l’hectare, sur une zone tertiaire, il est dix fois supérieur.

Il ne faut pas penser à l’échelle du site mais à celui du bassin d’emploi et même de la métropole. Celle-ci va voir progresser sa population de 15 à 20 000 habitants dans les années qui viennent. Nous avons un site qui est relié à l’infrastructure ferroviaire : vous êtes en 10 minutes à Aix, en 25 à Marseille, vous pouvez être reliés à Fos, vous êtes branchés sur une voie rapide qui vous permet d’accéder à plusieurs autoroutes. Ailleurs, on détruit des maisons pour construire des infrastructures de transport collectif. Une fois qu’on aura détruit la centrale, il ne restera que le chemin de fer. Profitons de cet atout.

Avez vous présenté un projet lors de cette réunion ?

Je me donne quelques jours pour le travailler dans le détail et je le présenterai à la rentrée. Aujourd’hui, à force de ne pas réfléchir à la bonne échelle, se focaliser sur la filière biomasse, on perd du temps. Avec le coût de rachat garantie du kilowatt/heure, nous allons dépenser 70 millions d’euros pour créer quoi ? Des cendres.  En 15 ans, nous allons dépenser 1 milliard d’euros à brûler du bois, c’est l’équivalent du chantier de Notre-Dame de Paris, dépensé en vain. Et tout s’arrête brusquement en 2035 avec la fin du rachat garanti de l’électricité. C’est absurde.

Qu’est-ce que vous préconisez ?

Il faut penser le site à la bonne échelle en prenant en compte toutes les dents creuses qui l’entourent, avec un vrai projet urbanistique. Il y a 100 ans, il y avait du maraîchage à cet endroit. Ne perdons pas du temps à tenter de réinstaller de l’agriculture sur des terres impropres comme certains le préconisent. Il vaut mieux préserver les terres agricoles là où elles sont menacées et installer de l’activité, des logements dans un endroit aussi bien relié. 80 hectares, c’est l’équivalent du 1er arrondissement de Paris qui compte 27 000 habitants pour 20 000 emplois. Imaginez si sur ce site, on en en crée seulement 10% ? Mais, pour cela, il faut sortir de la logique énergétique. Il faut attirer des gens qui ont les moyens d’investir, dans la logistique notamment. Pour cela, il faut créer un espace d’activités comme au puits Morandat mais aussi de l’habitat dont le territoire a tant besoin. Et cela créera de l’activité de services, interstitielle, que l’État n’est pas en capacité de faire venir.

Pour vous la réponse publique n’est donc pas à la hauteur ?

Elle n’est pas à la hauteur. L’État agit petitement. Mais cela ne concerne pas seulement les fonctionnaires. Les élus, les institutions publiques comme la métropole ne sont pas à la hauteur. Au final, il n’y a que les associations, les ONG avec lesquelles je dialogue qui ont construit un projet réellement à la hauteur des enjeux en terme d’emplois, d’habitat et de préservation de la biodiversité. Et je ne fais pas ça pour ma réélection. En 2022, rien n’aura vraiment démarré.

Mais cela demande de tourner la page du passé industriel de la ville. Pour le maire de Gardanne, pour les ouvriers du site cette réalité a encore un avenir.

Si vous aviez des élus qui avaient le courage de tourner cette page révolue, alors l’État aurait le courage de l’accompagner. Aujourd’hui, cela n’est pas le cas.

Interview MARSACTU - Benoit Gilles 24 Juil 2019
 


Mercredi 24 Juillet 2019



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