François-Michel Lambert, Député écologiste des Bouches du Rhône #circo1310


Le projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire: interview dans l'Obs



"Ce projet de loi est nécessaire mais il n'est pas à la hauteur des enjeux, il propose de réparer mais n'anticipe" pas déclare François-Michel Lambert, président fondateur de l'institut national de l'économie circulaire. 
A lire pour mesurer les enjeux et la place de l'économie circulaire dans la construction d'un nouveau modèle de développement qui réponde aux défis de la transition écologique.
 
A lire aussi pour comprendre que la lutte contre le gaspillage ne peut être déconnectée de la question des déchets et de la sur utilisation des ressources.
A lire, enfin pour se poser les bonnes questions sur la surconsommation du plastique qu'il faut réduire à la source, dans nos comportements; nos pratiques, nos besoins... La réponse n'est pas seulement dans notre capacité à recycler...  

Réduction des déchets plastiques : « C’est surtout aux industriels de modifier leurs pratiques ».

Le député François-Michel Lambert, spécialiste des questions d’économie circulaire, décrypte le texte du projet de loi antigaspillage, qui prévoit notamment le retour de la consigne en France.

A l’heure où la Ville de Paris se déclare en état d’urgence climatique, Brune Poirson, secrétaire d’Etat à la Transition écologique, a présenté le 10 juillet en conseil des ministres le projet de loi antigaspillage pour une économie circulaire. Tour d’horizon de ce projet de loi avec le député écologiste François-Michel Lambert, fondateur de l’Institut national de l’Economie circulaire (Inec).

Le terme d’« économie circulaire » est aujourd’hui au cœur du débat écologique. Vous êtes vous-même président de l’Institut national de l’Economie circulaire. Mais que signifie ce terme exactement ?
L’économie circulaire, c’est la capacité à avoir un modèle de développement qui utilise mieux les ressources, qui les préserve et qui fait en sorte de maintenir un équilibre par rapport à la capacité de la planète. Le développement de l’économie circulaire est essentiel puisque depuis le 10 mai 2019, également appelé le « jour du dépassement », l’Europe a atteint symboliquement les capacités de renouvellement des ressources de la planète. Depuis cette date nous vivons donc à crédit jusqu’à la fin de l’année…

Le gouvernement souhaite que 100 % des plastiques soient recyclés en 2025. Mardi 9 juillet, Yannick Jadot a réagi sur le sujet en affirmant que cet objectif était « pipeau ». Partagez-vous son scepticisme ?
Oui. Cet objectif ne pose à aucun moment la question de la surconsommation et de la surproduction du plastique, alors même que l’enjeu est de réduire son utilisation au quotidien. Le gouvernement ne change pas le modèle, il veut simplement le nettoyer. Aujourd’hui, il faut réfléchir à la place du plastique dans notre société et faire attention à l’usage des ressources mobilisées. Ce n’est pas ce que le gouvernement prône…

Le projet de loi antigaspillage pour une économie circulaire vous laisse donc perplexe…
Ce projet de loi est nécessaire mais il n’est pas à la hauteur. C’est un projet de réparation et non d’anticipation. C’est dommageable…

La lutte contre le gaspillage est le premier axe abordé par le gouvernement dans le projet de loi. Le gaspillage est-il le plus gros problème en France ?
Évidemment. Il y a le gaspillage que l’on connaît tous, comme jeter des yaourts périmés par exemple. Mais il en existe un dont on parle moins, celui des matériaux de construction. Une voiture est à l’arrêt 90 % du temps et une université est occupée seulement 20 à 25 % du temps dans l’année… C’est aussi du gaspillage. On a arraché des ressources à la Terre et on ne les respecte pas. Face à cela, je pense qu’il faut développer le partage, et notamment le covoiturage ou la location de voiture. Moi-même je loue ma voiture à mon voisin. Un Européen produit, à lui seul, cinq tonnes de déchets cumulés par an. Parmi ces déchets, 300 kg sont ménagers (dont seulement 60 kg de plastique !) et les autres sont industriels (issus d’activités économiques). Chaque Européen, en même temps qu’il accumule ses déchets, arrache dix tonnes de ressources à la nature. Certes les déchets sont un problème mais la surutilisation des ressources disponibles en est un autre, tout aussi important, et le gouvernement n’en parle pas…

Le texte prévoit la mise en place d’un « malus » pour les fabricants qui ne sont pas dans une démarche d’écoconception (incorporation de matières recyclées, lutte contre le suremballage). Cette écologie « punitive » est-elle la méthode à adopter ?
Le bonus-malus est une bonne chose, il faut récompenser ceux qui font des efforts et charger ceux qui n’en font pas. Avec l’Institut national de l’Economie circulaire (Inec), nous proposons de travailler sur quatre leviers : la fiscalité, la réglementation, l’innovation et l’information. Agir sur la fiscalité est donc une bonne méthode mais elle n’est pas la seule. La réglementation, par exemple, qui consiste à obliger ou interdire certaines pratiques, est trop peu développée. Par exemple, même si les plastiques à usage unique ont enfin vocation à disparaître (couverts et assiettes en plastique, pailles, touillettes, couvercles…), le gouvernement a multiplié les amendements pour retarder et assouplir les règles. Au-delà de la « punition », il est aussi important d’inviter les Français à modifier leurs habitudes. Pour ce faire, il faut développer l’information dans les écoles ou dans les centres de formation.

Vous parlez d’information des Français. Le gouvernement souhaite rendre obligatoires le logo et les consignes de tri sur les produits, harmoniser la couleur des poubelles, mettre à la disposition des Français un indice de réparabilité des équipements électroniques… Ces mesures peuvent-elles réellement changer la donne ?
C’est une étape. Il ne faut pas non plus attendre du citoyen français qu’il fasse changer tout le système à lui seul. C’est surtout aux producteurs de modifier leurs pratiques. Aujourd’hui, dans les chambres d’hôtel, le gobelet plastique est lui-même emballé dans du plastique et les mojitos sont servis dans les bars avec trois pailles… C’est aberrant ! Pourquoi autant de plastique nous est-il imposé ? Le projet de loi n’en parle pas… Si les Français sont submergés par le plastique, toutes les techniques de tri, même très élaborées, s’avéreront inefficaces.

Alors que l’Union européenne fixe un objectif de 90 %, seulement 58 % des bouteilles en plastique sont collectées et recyclées en France, selon Citeo, organisme chargé de la collecte des emballages ménagers…
Tant que l’on n’aura pas remis en question la place et le rôle du plastique dans la société, le résultat des collectes ne sera pas à la hauteur. Ainsi, je souhaite que soient organisés des états généraux de l’emballage. Ils permettront d’établir des stratégies précises et de comprendre quel comportement adopter afin d’arriver à une performance totale.

Une des mesures phares du projet de loi antigaspillage est le retour de la consigne à des fins de recyclage. Or, l’économie circulaire repose tout autant sur le recyclage que sur le réemploi. Ne faut-il pas également développer à l’échelle nationale la consigne-réemploi, d’autant plus que la pratique se répand dans les restaurants, festivals, commerces de proximité ?
La consigne-réemploi est utopique. Elle est intéressante mais ne va pas révolutionner la question de comment récupérer et respecter la matière. La consigne-recyclage, ou consigne-matière, n’est pas non plus la bienvenue. Pourquoi ? Dans le système de recyclage actuel, le trieur reçoit des poubelles jaunes, met de côté les bouteilles plastiques en PET (polyéthylène téréphtalate), et les revend. Cela représente environ 350 euros la tonne. Or, avec la consigne-matière, le trieur et donc les collectivités vont perdre cette source de revenus puisque les bouteilles seront directement orientées vers l’entreprise de déconsignation, dont le métier consiste à broyer les objets pour recréer de la matière. Ce sont donc les ménages qui, dans leurs impôts, vont payer pour ces sociétés de tri. Nous ne devons pas croire que la consigne des bouteilles plastiques en PET va régler tous les problèmes…

Les industriels de la boisson sont globalement favorables à la mise en place d’une consignation-recyclage. Les entreprises du recyclage, opposées à cette mesure, dénoncent une opération de communication destinée à « verdir » l’image de ces industriels. Qu’en pensez-vous ? Les industriels de la boisson ont-ils un intérêt sous-jacent à la consignation-recyclage ?
La réalité est qu’il y a un échec patent du monde de l’emballage. De fait, les industriels agroalimentaires tentent leurs propres initiatives, notamment avec la consigne. Ils veulent faire changer un système qui n’arrive pas à faire ses preuves. C’est maintenant au gouvernement de tracer le chemin.

Propos recueillis par Camille Dumouchel


Mardi 16 Juillet 2019



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