François-Michel Lambert, Député écologiste des Bouches du Rhône #circo1310


Présentation de France Logistique 2025 par FM Lambert : 20 à 80 milliards d'économies potentielles





La Logistique est au cœur de notre économie. Elle est le système cardio-vasculaire de notre économie, innervant tout notre territoire, le faisant vivre. Elle permet de faire circuler les marchandises, les flux matières, de stocker pour répondre aux sollicitions brusques. De recomposer et de partager. Ce n'est pas du transport, c'est de l'organisation. Et pour piloter, comme dans le système cardio-vasculaire qui reçoit les informations depuis le cerveau, il faut de l'intelligence sur base d'informations fiables et instantanées.
"La logistique c'est le pilotage des flux de marchandises et des flux financiers par les flux d'informations".
 
Enjeu majeur, la logistique n'a jamais été portée au plus haut niveau de l'Etat. C'est en 2013 par un amendement à l'Assemblée nationale, suivi d'engagement du gouvernement que ce sujet est enfin pris en compte dans les politiques gouvernementales.
François-Michel Lambert, député (UDE) des Bouches du Rhône s'est vu confié en 2015 la présidence de la commission nationale logistique. FM Lambert est reconnu pour son expertise, issu du CRETLOG, Centre de Recherches en Transport et Logistique de l'Université d'Aix-Marseille.
 
Après une année de concertation une stratégie nationale "France Logistique 2025" a été proposée par François-Michel Lambert au gouvernement.
Mercredi 15 février 2017, FM Lambert présentait cette stratégie à la commission Développement Durable et Aménagement du Territoire de l'Assemblée nationale.
"20 à 80 milliards d'économie sont accessibles, à condition d'en faire un axe majeur dans le futur gouvernement et d'enclencher les changements nécessaires." Précise François-Michel Lambert.
Son travail a été largement salué, au-delà de la majorité.

Audition mercredi 15 février 2017.
Proposition de Stratégie nationale « France Logistique 2025 ».
 
Merci monsieur le Président,
Mes chers collègues,
Permettez-moi tout d’abord en cette fin de législature de remercier les fonctionnaires des ministères Transports (DGITM) et Economie (DGE) qui se sont mobilisés, souvent au-delà du raisonnable pour mener à bien la concertation voulue par le gouvernement et l’élaboration de cette stratégie France Logistique 2025. Et qui poursuivent dans cette phase transitoire à faire avancer la feuille de route décidée par le gouvernement.
Revenons à l’origine.
Tout d’abord qu’est-ce que la logistique ?
Je vous propose la définition qui m’a été enseignée par le CRETLOG, centre de recherches en Transport et Logistique de l’Université d’Aix-Marseille.
« La logistique c’est le pilotage des flux physiques et des flux financiers par les flux d’informations ».
On est bien loin de la seule question des transports, et bien dans la question de la performance des flux matières et flux financiers.
 
Dès novembre 2012 lors d’une audition devant notre commission Philippe DUONG professeur directeur du cabinet Samarcande déclarait « Selon toutes les études récentes, les coûts de la logistique représentent 10 % du PIB français qui est d’un peu plus de 2000 milliards. 10% c’est  200 milliards d’euros. Baisser les coûts logistiques d’un dixième équivaudrait à un gain de 20 milliards d’euros. De surcroît, c’est un progrès assez facilement accessible, qui existe dans toutes les filières et dans toutes les activités, …..
Tous les chefs d’entreprises se soucient des charges et de la fiscalité, mais pas plus d’un sur dix cherche à gagner en efficacité logistique alors que les gains potentiels – jusqu’à 40 % des coûts – sont largement supérieurs, principalement dans les PME souvent en retard en la matière. J’irai même jusqu’à dire que c’est un combat aussi fondateur que la recherche et le développement dans les activités de flux. Je verse cet élément dans les discussions sur la compétitivité. »
 
Qu’avons-nous fait depuis ?
Peu et beaucoup.
- Peu car à entendre ces chiffres, à constater que la France a reculé dans le classement de la Banque Mondiale sur la performance logistique, passant de la 13eme à la 16eme place  entre 2014 et 2016. Je le dis tout de suite : ce ne peut pas être du seul fait, loin s’en faut, de la majorité actuelle, tout le monde aura compris l’inertie des changements et donc l’impact de décisions et choix plus anciens qui deviennent effectifs en 2016.

- Beaucoup grâce à un amendement de notre collègue Gilles Savary, obtenu dans la loi portant diverses dispositions en matière d'infrastructures et de services de transports, loi n° 2013-431 de mai 2013. Cet amendement prévoyait la mise en place d’une conférence nationale de la logistique.

En mars 2015, j’ai été nommé président des travaux de la conférence nationale de la Logistique, et nous nous sommes engagés dans une démarche inédite de co-construction et de concertation avec l’ensemble des forces vives de la logistique. Plus de cent professionnels, membres des administrations et des institutions, des collectivités, experts ont été mobilisés.
Cette mobilisation a abouti dans un 1er temps en juillet 2015, à la Conférence nationale pour la logistique qui a réuni près de 300 participants.

Alain Vidalies, secrétaire d’Etat en charge des transports, fixera en conclusion les grandes lignes qui présideront à la définition de la stratégie nationale de la logistique.
J’ai eu l’honneur de poursuivre cette présidence pour remettre au gouvernement une proposition de stratégie, présentée le 24 mars 2016 en Conseil des Ministres, stratégie nationale « France Logistique 2025 ».
 
Cette stratégie repose sur 5 axes qui constituent un cadre destiné à mobiliser l’ensemble des acteurs dans la durée.

1.         Faire de la plateforme logistique France une référence mondiale en encourageant la dynamique logistique sur tout le territoire
  • Développer des actions de communication de valorisation de la logistique auprès des investisseurs
  • Accompagner la structuration des PME autour de solutions logistiques performantes
  • Densifier le réseau d’infrastructures et l’intermodalité dans nos territoires
    • Simplification des procédures administratives et douanières dans les portes d’entrée portuaires ou aéroportuaires
    • Améliorer l’interopérabilité des systèmes d’information pour un meilleur partage des flux entre les acteurs de la chaîne logistique
    • Engager un programme de préservation des espaces fonciers stratégiques connectés aux grands réseaux d’infrastructures pour y développer les fonctions logistiques terrestres.

2.         Développer le capital humain et faciliter la lisibilité de l’organisation logistique
  • Améliorer la lisibilité des emplois et des formations et simplifier les parcours de qualification
  • Favoriser l’intégration de la logistique dans les différentes échelles du territoire
    • Intégrer la dimension logistique dans la conception des schémas régionaux définissant les orientations de développement économique, d’innovation, de formation et d’aménagement
    • Promouvoir le développement de chartes locales en faveur d’une logistique urbaine durable (les premiers et derniers km, généralement réalisés en milieu urbain, représentent jusqu’à 20% des coûts logistiques et contribuent fortement aux émissions de GES)
    • Tenir compte des spécificités des territoires d’Outre-Mer en adaptant la stratégie nationale en concertation avec les exécutifs des Outre-Mer
      • Des réglementations simplifiées et harmonisées pour les activités logistiques

3.         Faire de la transition numérique un vecteur de la performance logistique
La logistique est au cœur du circuit marchand et donc des flux de marchandises et d’informations. La logistique est donc la pierre angulaire qui se trouve fortement impactée par les nouveaux usages associés aux outils numériques, à l’image du commerce en ligne. Mais le développement du numérique est porteur d’opportunités pour la performance des approvisionnements, de la production et de la distribution.
  • Structurer les données pour accélérer la transition numérique des entreprises
  • Encourager la recherche et l’innovation en logistique et supply chain au sein des entreprises

4.         Utiliser la logistique comme levier de transformation des politiques industrielles et de transition énergétique
Logistique = facteur clé de la compétitivité de notre pays. La logistique doit être un agent de la transformation industrielle et énergétique de notre pays
  • Inscrire la logistique dans la nouvelle dynamique des politiques industrielles et servicielles
  • Promouvoir des solutions logistiques respectueuses de l’environnement

5.         Instaurer et animer une gouvernance intégrée de la logistique
  • Comité de filière logistique pour favoriser la mise en réseau des acteurs économiques de la logistique
  • Haut Conseil de la Logistique constitué de représentants de l’Etat, de parlementaires, des exécutifs territoriaux et des acteurs socio-économiques, il sera chargé du suivi de la mise en œuvre de la stratégie nationale logistique
  • Mise en place d’outils d’observation de la logistique afin de disposer d’une vision globale des enjeux et des leviers de progrès
 
Où en sommes nous ?
 
- Une prise de conscience au plus haut niveau des institutions (PR, Gvt, Parlement) qui a été moteur pour les acteurs de la filière ;
- Un renforcement du travail transversal au sein des ministères (économie, transport, formation, emploi, ….) et du travail en réseau (Etat, filière, chercheurs, clusters, collectivités, associations/fédérations professionnelles….)
- Loi NOTRe, le rôle prépondérant des régions sur les plans économiques incluant les questions logistiques ;

Prochaines étapes, en cours de lancement :
 
- Une première gouvernance nationale va comprendre :
▪ Un Conseil d’orientation et de suivi (regroupant des élus, des représentants des pouvoirs publics, des responsables professionnels et des syndicats) en lieu et place du Haut Conseil, je le regrette
▪ Un Comité de filière mettant en œuvre un « Contrat de filière », à l’instar des Comités de filière industrielle 
▪ Un réseau d’observation de la logistique (en cours de préfiguration).
▪ Un Conseil sectoriel national du transport et de la logistique portant sur les formations en logistique (déjà établi par le ministère de l’enseignement supérieur). Travail engagé pour une meilleure lisibilité des diplômes
 
- Au niveau régional, un certain nombre de régions incluent la logistique dans leurs travaux en cours sur l’élaboration de leurs plans économiques + Association des Régions de France maintenant impliquée sur ces sujets. Message auprès des DREAL pour la conception des SRADDET : intégrer la logistique (notamment réserver du foncier…).

- Propositions / actions de la Stratégie en cours :
. Intégration de la logistique dans les actions de promotion à l’export de Business France
. Expérimentation du cadre national pour des chartes locales de la logistique urbaine durable auprès de plusieurs collectivités territoriales (dont Montpellier Méditerranée Métropole, Métropole Européenne de Lille, ville de Dieppe, Ville de Cannes, Ville de Vitrolles, Communauté d’agglomération Pays de Grasse)
. Lien avec les politiques industrielles : trois thématiques de coopération portées par l’Industrie du futur (avec CNS) à savoir mise à jour des métiers, sensibilisation des PME, normalisation

Ce qui reste à faire
Ce qui a été fait ou en cours n’est pas à la hauteur de l’enjeu :
- Les économies potentielles sont évaluées à plusieurs dizaines de milliards d’Euros.
- Le baromètre logistique de la Banque Mondiale place la France derrière ses principaux concurrents commerciaux et est en baisse.
- Les PME françaises n’ont pas encore suffisamment intégré l’importance d’une gestion optimisée des flux et des stocks, indispensable pour devenir des ETI et pour développer leurs exportations.
- Les administrations et services de l’Etat (hors Défense qui elle a engagé un grand plan permettant d’économiser plus de 300 millions d’euros à terme) sont très tres en retard. Je pense notamment à tout le secteur de la santé.
- La Stratégie adoptée ne prend guère en compte les révolutions en cours, technologiques et disruptives : numérisation, automatisation (combien d’emplois menacés dans les 1.700.000 ETP ?...), économie circulaire, exigences de traçabilité, économie collaborative, etc.
 
Que peut-on proposer ?
- Il apparaît indispensable que la logistique soit traitée, en tant que tel, au niveau du gouvernement : soit par un secrétaire d’État, plutôt rattaché à l’industrie, soit par un délégué interministériel.
- Ce responsable doit avoir un correspondant, au sein de chaque Conseil régional, afin d’assurer une excellente coordination dans le domaine logistique
- Une fois les instances de gouvernance mises en place, elles doivent aller plus loin dans la Stratégie nationale en y intégrant, beaucoup plus qu’actuellement, les conséquences des révolutions en cours et des enjeux de performance, pour les services publics en premier lieu, comme les hôpitaux. 
- La sensibilisation aux enjeux de la logistique est à poursuivre maintenant davantage en direction du grand public, notamment auprès des jeunes pour le dynamisme de la filière.
- Cette sensibilisation passe en partie par une meilleure communication des actions et initiatives menées, des bonnes pratiques, des formations existantes, des parcours professionnels, des emplois disponibles, la cartographie des acteurs...
- Un travail sur la mise en place d’un portail par les acteurs de la filière est à mener pour la mise en réseau des sites et des informations éparpillées
- La Stratégie nationale devrait également inclure un volet d’action de la France au niveau européen et plus spécifiquement avec l’Allemagne.
- L’indispensable développement de l’intermodalité nécessite un développement et une concentration des investissements publics et privés dans ce domaine.
- L’enjeu de la logistique justifierait amplement que, lors de la prochaine législature, le parlement lui consacre, pour la première fois, des travaux et un débat…
 
Pour conclure :
Nous avons initié dans cette mandature pour la 1ère fois la prise en compte de l’enjeu majeur que représente la logistique.
Ce n’est pas un secteur économique, c’est le cœur de notre économie. Plus encore dans ce XXIeme siècle où nous passons d’une économie de stock (ceux qui détiennent la richesse sont ceux qui détiennent des stocks naturels ou manufacturés) à une économie de flux (ceux qui créent la richesse ce sont ceux qui font circuler les ressources physiques ou immatériels, ceux qui densifient l’usage des ressources)
 
Il nous aura fallu pratiquement 5ans pour aboutir à une mise en cohérence du sujet.
Pendant ce temps-là le monde accélère sa transformation, notamment sous l’effet de la révolution numérique.
Et si je reviens à la proposition de définition de la logistique :
« La logistique c’est le pilotage des flux physiques et des flux financiers par les flux d’informations »
Cette révolution numérique c’est celle des datas avant tout, de l’information.
On a une accélération exponentielle des informations disponibles, des informations immédiates, des informations traitées instantanément, des capacités de calcul pouvant maitriser des modèles complexes, la logistique est impactée immédiatement, la première des activités qui soient concernées, dans toutes ses dimensions.

Des exemples :
- Convargo
- Drone
- Véhicules autonomes et Cargo autonomes
- Robots et entrepôts automatiques
- Smartphone et toutes ces applications
- Blockchains et algorithmes complexes
 
La révolution est en marche dans la logistique, elle peut déstabiliser en quelques mois des pans entiers de notre économie, de notre société. Des acteurs majeurs peuvent disparaître. Des intérêts étrangers peuvent prendre place sur notre souveraineté. Je pense notamment aux datas comportementales. Aux logiciels de pilotage. En quelques mois. Quelques années.
La crise des taxi vs Uber et VTC ne sera rien par rapport à toutes les crises que nous percevons dans le secteur direct et indirect
 
Nous devons urgemment mettre en place une société plus agile, moins de rigidité pour permettre la réadaptation  en permanence, pour cela il faut y répondre par :
. Une stratégie partagée, bien au-delà de France Logistique 2025
. Et bien sûr un pilotage de cette stratégie.
. Parallèlement la formation à la logistique et une acculturation de tous à la notion d’un monde fait de flux de plus en plus complexes, de plus en plus évoluant est indispensable. Sinon nos compatriotes resteront sur le côté et notre économie en patira.

Le classement de 2016 relevait les retards français sur 6 paramètres :
- L’administration,
- les échanges internationaux
- les compétences logistiques
sont nos points faibles.

Il nous faut trouver une nouvelle agilité, qui garantisse les fondamentaux, protection des citoyens et de l’environnement, tout en donnant cette agilité qui nous fait tant défaut tant dans nos comportements et compétences, rigides, que dans les échanges internationaux et l’administration qui sont encore trop raides.
 
Mais nos 2 atouts
. rapidité et fiabilité d’un côté,
. traçabilité et tracking de l’autre,
sont très fragiles car c’est bien sur ces 2 paramètres que la révolution numérique va accélérer, donc soit nous saisissons l’opportunité pour renforcer ces paramètres, soit nous reculerons encore.
 
Il est indispensable que dans la prochaine législature, dans le prochain gouvernement la logistique devienne un sujet majeur, pris en compte.



Mercredi 15 Février 2017



François-Michel Lambert

Député des Bouches du Rhône (Allauch, Auriol, Belcodène, Bouc-Bel-Air, Cadolive, Gardanne, Gréasque, La Bouilladisse, La Destrousse, Meyreuil, Mimet, Peypin, Plan-de-Cuques, Roquevaire, Saint-Savournin, Simiane-Collongue)

Ancien Vice-président de la commission Développement Durable et Aménagement du Territoire de l'Assemblée nationale

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